| |
Carrière Lafarge: l'extension de trop ?
Par Site internet Charentelibre.com, jeudi 30 juillet 2009 à 19:12 :: Grand Angoulême :: #3548 :: rss
Céline AUCHER
La cimenterie Lafarge va-t-elle provoquer une catastrophe humaine et écologique en étendant et en approfondissant sa carrière de calcaire à La Couronne? Le sujet est volcanique. A tel point que le conseil municipal de La Couronne, réuni vendredi, a mis en avant le principe de précaution et de développement durable et demandé une prolongation de l'enquête publique - close le 15 juillet - pour «lever les incertitudes du dossier» (lire CL de samedi). Des incertitudes remontées notamment par des associations - Stop Nuisances, Charente Nature... - et un habitant de Breuty qui a découvert l'existence du projet par hasard le 9 juillet, soit six jours avant la fin de l'enquête publique ouverte le 15 juin (1).
Un dossier complexe, car forcément technique, qui a réuni plus de 70 Couronnais jeudi dernier à l'initiative d'Ivan Martin et Lucien Couteau, président de l'association de défense de la vallée de la Charraud. Leur objectif? Tirer la sonnette d'alarme sur les risques que comporte le dossier présenté par la société Lafarge. C'est épais comme deux bottins téléphoniques, trop long pour entrer dans tous les détails. Mais deux gros points sont soulevés par Ivan Martin, ingénieur, qui a suivi deux années universitaires en géologie, et s'est plongé dans le dossier. Le risque environnemental tout d'abord, conséquence d'un creusement supplémentaire de 35 mètres. Il amènerait le carreau de la carrière à 25 mètres au-dessus du niveau de la mer en traversant deux nappes phréatiques. La première alimente toutes les vallées péri-angoumoisines, Charraud, Eaux-Claires, Boëme... Mises à l'air libre, elles ne seront plus protégées de la pollution alors que certains habitants de La Couronne y tirent aujourd'hui leur eau potable. «Dans le dossier, on nous dit que l'exploitation ne devrait pas influencer la vallée de la Charraud, mais c'est au conditionnel, sans aucune garantie», grogne Lucien Couteau. Sans compter que 8 millions de mètres cubes y seront prélevés annuellement, soit la consommation de 100.000 habitants (2). Alors que le seuil d'autorisation est de 200.000m3 par an (3)... «A l'heure où l'on nous parle de développement durable, on est prêt à gaspiller une eau complètement pure, c'est aberrant.»
Risque d'inondations ?
Une eau que Lafarge devra pomper et rejeter pour extraire calcaire et argile. Après décantation, elle ira dans le petit ruisseau de la Fontaine du Poirier, qui débouche au pied de l'abbaye, et dont le débit moyen passerait ainsi de 8m3 à 58m3 par heure, plus de 200m3 en pic (2). Un bouleversement qui pose question à la commune, alors même qu'un aménagement réalisé par la Comaga est en cours pour éviter les inondations, basé sur le débit actuel. «Il y a un vrai problème de sécurité et de pollution potentiel», dit Jacky Bonnet, adjoint à l'urbanisme.
Il y a le plan d'eau de Saint-Yrieix. Il y aura celui, plus profond, de La Couronne. Car le trou, déjà impressionnant aujourd'hui, deviendra un lac à l'arrêt de l'exploitation. A un niveau incertain, entre 47 et 56 mètres au-dessus du niveau de la mer selon les estimations. «Cela représente 9 mètres d'incertitude, quelle confiance peut-on avoir dans ces chiffres?», lance Ivan Martin. D'autant que le seul carottage réalisé sur cent hectares de carrière a été «bloqué sur incident technique» (2). A côté, un forage fait état de «fortes variations d'épaisseur de sable».
Des maisons dévalorisées
Un géologue indépendant, intervenu à la demande de la préfecture, a conclu à la nécessité de faire un nouveau forage. «Mais plusieurs forages sont nécessaires, lance Ivan Martin. Aucune étude n'a été faite sur la modification de la résistance des sols, aucune sur l'impact sur les habitations, alors même que les zones sont beaucoup plus denses aujourd'hui qu'autrefois.»
Et que Lafarge annonce des estimations particulièrement élevées en matière de propagation des ondes sismiques: 8mm/s sur un seuil réglementaire de 10mm/s, contre moins de 4mm/s aujourd'hui. Alors que le cimentier demande à doubler sa production (de 850.000 à 1,5 million de tonnes), les habitants craignent plus de bruit, plus de tirs et de vibrations.
Sans compter l'impact financier. «La maison que j'ai payé toute ma vie, elle vaudra zéro», se plaint un riverain. «Une catastrophe pour tous les habitants autour de ce projet», affirme un agent immobilier de Century 21 qui a déjà du mal à faire des affaires dans le secteur. Les zones les plus sensibles? Le village de Breuty, les hameaux des Fayards et des Severins.
Les autres communes parties prenantes de l'enquête publique - Angoulême, Nersac, Puymoyen, Roullet, Saint-Michel, Vœuil-et-Giget Mouthiers-sur-Boëme - ont jusqu'au 30 juillet pour donner leurs avis. Toutes ont déjà dit oui, à l'exception de Mouthiers-sur-Boëme qui n'a pas délibéré. Les questions soulevées par La Couronne changeront-elles le cours des choses? Pas sûr. Car c'est le préfet qui, après avoir saisi la commission départementale de la nature, des paysages et des sites, prendra au final une décision.
(1) Contactée par CL,
la cimenterie Lafarge
ne souhaite pas communiquer
sur une instruction en cours.
(2) Extrait du dossier.
(3) Bizarrement, mais c'est la loi, l'autorisation au titre des installations classées pour la protection
de l'environnement vaut autorisation
au titre de la loi sur l'eau, et n'oblige pas l'entreprise à respecter celle-ci.
|
|